Michelle Bucher<\/a> !<\/p>\r\nComme son nom l\u2019indique, la physique math\u00e9matique est la branche qui \u00e9tudie les mod\u00e8les math\u00e9matiques derri\u00e8re les lois et ph\u00e9nom\u00e8nes physiques. L\u2019un des mod\u00e8les sur lesquels David Cimasoni travaille actuellement s\u2019appelle en anglais \u00ab the dimer model \u00bb. Selon ce mod\u00e8le, si l\u2019on consid\u00e8re un graphe et une s\u00e9lection d\u2019ar\u00eates telle que chaque sommet n\u2019est recouvert que par une ar\u00eate, on parle d\u2019un \u00ab appariement parfait \u00bb. Il s\u2019agit alors de trouver ces appariements parfaits et des m\u00e9thodes pour les compter : par exemple, si un graphe peut \u00eatre plong\u00e9 dans un plan, il existe un moyen efficace de les d\u00e9nombrer. Pour des graphes plus g\u00e9n\u00e9raux, on peut utiliser des outils issus de la th\u00e9orie des n\u0153uds, ce qui suscite particuli\u00e8rement l\u2019int\u00e9r\u00eat de David Cimasoni.<\/p>\r\n
Le domaine de recherche de David Cimasoni n\u2019int\u00e9resse pas uniquement les math\u00e9maticiens : il mentionne par exemple que la th\u00e9orie des n\u0153uds est \u00e9galement d\u2019importance pour la biologie mol\u00e9culaire, car elle permet de mieux comprendre le comportement des mol\u00e9cules de l\u2019ADN, leurs interactions, ainsi que l\u2019action de certaines enzymes sur les mol\u00e9cules. Il a personnellement collabor\u00e9 avec un physicien qui \u00e9tudiait les signaux lumineux et la mani\u00e8re dont ceux-ci pouvaient former des n\u0153uds, apportant ainsi une perspective math\u00e9matique \u00e0 ces recherches. Il commente que l\u2019intersection entre les math\u00e9matiques et d\u2019autres disciplines ne concerne pas seulement le \u00ab quoi \u00bb, mais surtout le \u00ab pourquoi \u00bb : \u00ab Un tr\u00e8s bon ami \u00e0 moi travaille aujourd\u2019hui chez Google, et il essaie de r\u00e9ellement comprendre pourquoi les algorithmes qui font fonctionner l\u2019intelligence artificielle marchent. On peut ajuster des param\u00e8tres pour am\u00e9liorer les performances des mod\u00e8les d\u2019apprentissage automatique, mais comprendre les math\u00e9matiques qui sous-tendent ces d\u00e9cisions \u2014 visualiser ce que fait le mod\u00e8le g\u00e9om\u00e9trique, comme une sorte de descente de gradient sur une vari\u00e9t\u00e9 qui cherche de bons minima locaux \u2014 est \u00e9galement une question essentielle. \u00bb<\/p>\r\n
Lorsqu\u2019on pense \u00e0 la recherche, on se dit souvent qu\u2019il devrait \u00eatre difficile de trouver des sujets sur lesquels travailler. David Cimasoni explique que c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 pas aussi compliqu\u00e9 \u2014 la plupart des id\u00e9es de recherche viennent de la lecture des travaux d\u2019autres chercheurs, o\u00f9 des questions ouvertes attendent presque toujours d\u2019\u00eatre explor\u00e9es. Il arrive cependant qu\u2019une autre personne publie la m\u00eame id\u00e9e pendant que l\u2019on travaille encore dessus, ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 David Cimasoni il n\u2019y a pas si longtemps. M\u00eame s\u2019il a tout de m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 publier son propre article sur le sujet, cela lui a fait r\u00e9aliser \u00e0 quel point l\u2019on d\u00e9pend du regard des autres pour ressentir un sentiment d\u2019accomplissement.<\/p>\r\n
\u00c0 propos de l'auteur :<\/strong> Yuta Mikhalkin est b\u00e9n\u00e9vole dans la media team des Olympiades de la science apr\u00e8s y avoir elle-m\u00eame particip\u00e9. Elle \u00e9tudie les math\u00e9matiques \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve.<\/p>\r\nUn autre aspect de la recherche, c\u2019est que l\u2019on travaille sur un sujet sans vraiment savoir dans quelle direction aller, ni m\u00eame s\u2019il existe une r\u00e9ponse \u00e0 la question pos\u00e9e. Pire encore, toute une th\u00e9orie que l\u2019on a pass\u00e9e beaucoup de temps \u00e0 d\u00e9velopper peut soudainement s\u2019effondrer. Personne n\u2019est vraiment l\u00e0 pour v\u00e9rifier que ce que l\u2019on fait est correct \u2014 on est totalement livr\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame. \u00ab Il y a un an, un coll\u00e8gue et moi avons publi\u00e9 un article, et il y a deux mois, nous avons remarqu\u00e9 qu\u2019il contenait en fait une erreur, et personne ne l\u2019avait vue ! Nous avons donc d\u00fb \u00e9crire un e-mail \u00e0 l\u2019\u00e9diteur pour demander de l\u2019enlever. Heureusement, l\u2019erreur a maintenant \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9e et les r\u00e9sultats principaux de l\u2019article restent valides. \u00bb<\/p>\r\n
Il y a un an, un coll\u00e8gue et moi avons publi\u00e9 un article, et il y a deux mois, nous avons remarqu\u00e9 qu\u2019il contenait en fait une erreur, et personne ne l\u2019avait vue ! Nous avons donc d\u00fb \u00e9crire un e-mail \u00e0 l\u2019\u00e9diteur pour demander de l\u2019enlever. Heureusement, l\u2019erreur a maintenant \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9e et les r\u00e9sultats principaux de l\u2019article restent valides. <\/p>\r\n
Et qu\u2019en est-il de l\u2019enseignement, la \u00ab pire partie \u00bb du m\u00e9tier de chercheur ? David Cimasoni enseigne principalement des cours de bachelor \u2014 souvent les moins d\u00e9sir\u00e9s \u2014 mais il voit cela comme une partie importante dans sa carri\u00e8re. Chaque fois qu\u2019il se retrouve dans une impasse dans sa recherche \u2014 ce qui arrive in\u00e9vitablement \u00e0 tout chercheur \u2014 il trouve du r\u00e9confort dans l\u2019enseignement, sachant que cela aura toujours de la valeur pour quelqu\u2019un. En effet, tr\u00e8s clairs et structur\u00e9s, ses cours sont particuli\u00e8rement captivants, et ses notes de cours sont largement utilis\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9es m\u00eame pour des enseignements qu\u2019il ne donne plus. Et contrairement \u00e0 ce que certains pourraient penser, enseigner est loin d\u2019\u00eatre ennuyeux. \u00ab Il est extr\u00eamement facile de transmettre l\u2019art \u2014 il suffit de le regarder ou de l\u2019\u00e9couter \u2014 mais transmettre les math\u00e9matiques, ce n\u2019est pas pareil : c\u2019est assez difficile et extr\u00eamement int\u00e9ressant. \u00bb<\/p>\r\n
Lorsque David Cimasoni \u00e9tait \u00e9tudiant, il a un jour lu, dans un journal de l\u2019EPFL, une interview du professeur Manuel Ojanguren, \u00e0 ce jour encore professeur \u00e0 l\u2019institution. Une phrase l\u2019a particuli\u00e8rement marqu\u00e9, et il y pense encore aujourd\u2019hui. \u00ab La question \u00e9tait : quelle est la qualit\u00e9 principale que doit avoir un chercheur ? Je pensais qu\u2019il allait \u00e9videmment r\u00e9pondre qu\u2019il faut \u00eatre intelligent. Mais \u00e0 la place il a dit quelque chose comme : Il faut avoir une tr\u00e8s grande r\u00e9sistance \u00e0 la frustration. Et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je n\u2019avais tout simplement pas compris ce qu\u2019il voulait dire. \u00bb<\/p>\r\n
La question \u00e9tait : quelle est la qualit\u00e9 principale que doit avoir un chercheur ? Je pensais qu\u2019il allait \u00e9videmment r\u00e9pondre qu\u2019il faut \u00eatre intelligent. Mais \u00e0 la place il a dit quelque chose comme : Il faut avoir une tr\u00e8s grande r\u00e9sistance \u00e0 la frustration. Et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je n\u2019avais tout simplement pas compris ce qu\u2019il voulait dire.<\/p>\r\n
Mais aujourd\u2019hui, ces mots prennent tout leur sens pour lui. Pour reprendre ses propres termes : \u00ab En tant qu\u2019\u00e9tudiant, les exercices auxquels on est confront\u00e9 sont facilement abordables, dans le sens o\u00f9 on est surs qu\u2019ils ont une solution, et rarement sont-ils ouverts au point qu\u2019on ne sache pas \u00e0 quoi s\u2019attendre comme r\u00e9ponse \u2014 on sait qu\u2019il y en aura une. Dans une th\u00e8se de master, les questions deviennent un peu plus ouvertes, mais on est encore encadr\u00e9 par quelqu\u2019un d\u2019exp\u00e9riment\u00e9, qui a une bonne id\u00e9e de comment s\u2019y prendre. En r\u00e9elle recherche, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir du doctorat ou apr\u00e8s, il est beaucoup plus difficile de savoir si l\u2019on va dans la bonne direction ! \u00bb<\/p>\r\n
En r\u00e9elle recherche, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir du doctorat ou apr\u00e8s, il est beaucoup plus difficile de savoir si l\u2019on va dans la bonne direction !<\/p>\r\n
Ce n\u2019est donc pas tant une question d\u2019intelligence. C\u2019est plut\u00f4t une question de t\u00e9nacit\u00e9, de ne pas abandonner, et d\u2019avoir la force mentale de se dire : \u00ab Je peux surmonter \u00e7a. \u00bb \u00c0 de nombreuses reprises au cours de sa carri\u00e8re, David Cimasoni a vu des personnes d\u2019intelligence brillante, mais incapables de faire face aux probl\u00e8mes de longue tenue. Au contraire, il remarque qu\u2019il existe d\u2019ind\u00e9nombrables exemples de personnes qui avaient peu de succ\u00e8s dans leur \u00e9tudes, mais qui ont atteint les sommets des math\u00e9matiques gr\u00e2ce \u00e0 leur pers\u00e9v\u00e9rance et \u00e0 leur travail acharn\u00e9 \u2014 l\u2019exemple le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tant celui de June Huh, laur\u00e9at de la M\u00e9daille Fields en 2022 (le prix le
plus prestigieux en math\u00e9matiques), qui avait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 par presque toutes les universit\u00e9s auxquelles il avait postul\u00e9 pour un doctorat. Il n\u2019en a obtenu un qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 31 ans, mais il s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un talent tardif et un math\u00e9maticien exceptionnel.<\/p>\r\n
De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les math\u00e9matiques se trouvent aujourd\u2019hui \u00e0 un carrefour : les math\u00e9matiques appliqu\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficient de financements de plus en plus importants, notamment gr\u00e2ce aux avanc\u00e9es r\u00e9centes dans le domaine de l\u2019intelligence artificielle, qui suscitent un vif int\u00e9r\u00eat ext\u00e9rieur. Pendant ce temps, les math\u00e9matiques pures, souvent plus abstraites et moins directement li\u00e9es \u00e0 des applications concr\u00e8tes, peuvent parfois se retrouver mises de c\u00f4t\u00e9. David Cimasoni souligne que les \u00e9tudiants qui s\u2019inqui\u00e8tent quant \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9tudier les math\u00e9matiques pures ne devraient pas craindre de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une carri\u00e8re en recherche dans des entreprises comme Google ou Amazon. Bien s\u00fbr, un dipl\u00f4me dans un domaine plus appliqu\u00e9 offre une voie plus directe, mais le chercheur fait remarquer qu\u2019il conna\u00eet de nombreux coll\u00e8gues qui sont pass\u00e9s de la recherche acad\u00e9mique \u00e0 l\u2019industrie. \u00ab J\u2019ai par exemple un ami qui travaillait en g\u00e9om\u00e9trie symplectique et qui est maintenant chez Google. Les recruteurs dans ces entreprises sont assez intelligents pour savoir que si quelqu\u2019un a un doctorat en math\u00e9matiques pures, il ne conna\u00eetra probablement pas tout sur l\u2019apprentissage automatique, mais qu\u2019il pourra l\u2019apprendre tr\u00e8s rapidement. \u00bb Le conseil final de David Cimasoni \u00e0 tout jeune math\u00e9maticien en herbe est simple : \u00ab Travaillez dur, faites ce que vous aimez, et n\u2019abandonnez jamais ! \u00bb<\/p>\r\n
Travaillez dur, faites ce que vous aimez, et n\u2019abandonnez jamais !<\/p>","datetime":1746634140,"datetimeend":0,"newstype":1,"newstypetext":null,"links":"","subjects":["Savoir","Tips"],"image":["https:\/\/physics.olympiad.ch\/fileadmin\/_processed_\/2\/c\/csm_IMG-20250502-WA0007_ce113478b3.jpg"],"link":"https:\/\/mathematical.olympiad.ch\/fr\/news\/news\/la-qualite-la-plus-importe-quun-chercheur-peut-avoir-est-davoir-une-tres-grande-resistance-a-la-frustration","category":[{"uid":10,"title":"Math\u00e9matiques"},{"uid":11,"title":"Physique"},{"uid":5,"title":"Startseite"},{"uid":4,"title":"Fa\u00eeti\u00e8re"}]},{"uid":4661,"title":"Call for volunteers: Science Meets Fantasy in Basel","teasertext":"Last year, some volunteers from the Informatics, Physics, Robotics and Astronomy Olympiads teamed up with a ETH startup to bring the Science Olympiad spirit to Fantasy Basel, Switzerland\u2019s largest pop culture convention. In May we will be back - and you can join!","short":"Last year, some volunteers from the Informatics, Physics, Robotics and Astronomy Olympiads teamed up with a ETH startup to bring the Science Olympiad spirit to Fantasy Basel, Switzerland\u2019s largest pop culture convention. In May we will be back - and you can join!","body":"
Fantasy Basel features exhibitions, guest panels, gaming zones, and different contests, attracting around 88\u2019000 visitors from all over Europe. The Science Olympiad booth can be found on the Space Floor<\/a>, which hosts expert panels on robotics, geology, biology, chemistry, robotics and physics for a broad audience. However, participation is not limited to space-related topics, so all Science Olympiads are welcome!<\/strong><\/p>\r\n
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Last year, visitors of the space floor had the chance to visit exhibitions and activities of the Swiss Space Museum and its partners as well as being treated to meetings and talks by space scientists, experts and science stars like Dr. Renato Krpoun, Prof. Peter Wurz, and the swiss astronaut Claude Nicollier. While the Science Olympiad volunteers probably did not expect to compete with such science superheroes, they definitely stole the show, no capes were needed.<\/p>\r\n
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